Celui qui cache Israël et le Dieu d’Israël

« Jésus est celui en qui Israël pourra reconnaître son propre destin »

Cardinal Jean-Marie Lustiger, « La Promesse », Éditions Parole et Silence, 2002, page 99Jean 21,9

וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל־יְהוֹשֻׁעַ הַיּוֹם הַזֶּה אָחֵל גַּדֶּלְךָ בְּעֵינֵי כָּל־יִשְׂרָאֵל

« Et l’Eternel dit à Iéoshoua : Aujourd’hui je commencerai à t’élever aux yeux de tout Israël » (Josué 3,7)

Par le rav Léon Askénazi (Manitou)

Le drame de notre séparation peut être expliqué par le principe talmudique suivant « l’être est caché par ce qui le révèle ». C’est bien semble-t-il ce qui est très rapidement arrivé dans les rapports entre juifs et chrétiens. C’est cela même qui révélait Israël qui a caché Israël à la conscience chrétienne. Et c’est pourquoi, non seulement dès le commencement, mais à travers les siècles et jusqu’à aujourd’hui, cette question revient encore dans notre bouche : « Qui dis-tu que je suis ? ». (…)

C’est peut-être la première fois depuis deux mille ans que nous nous rencontrons en vérité ; non pas ce soir en particulier, mais en tout cas dans ces années où nous vivons. (…)

La raison pour laquelle il y a eu un drame et un drame considérable dans notre séparation, c’est que « Jésus-Christ », en tant que figure propre à révéler le Dieu d’Israël aux nations a caché non seulement Israël mais le Dieu d’Israël dans sa vérité. (…)

Le drame dont je vous parle, c’est que ce qui est connaissable dans cette expression qui désigne le nom de Dieu, « Dieu d’Israël », c’est le mot « Israël » et que, pour connaître le Dieu d’Israël, il faut connaître Israël. Et cela est possible. Or, la manière pour les chrétiens de connaître Israël, c’est de connaître le Christ, et, encore une fois, il s’agit d’une figure qui, révélant Israël, cache Israël. Et c’est la raison pour laquelle ce drame est très profond. (…)

Mon propos ici est d’essayer de vous faire comprendre que votre référence au Christ est en réalité une référence à Israël, mais une référence qui a été rendue inféconde par tout ce que l’histoire a fait de nos deux ensembles. (…)

Peu de ce qu’Israël avait à dire a pu être entendu en vérité jusqu’à présent, à cause précisément de la manière dont la conscience chrétienne a préféré structurer sa foi, en se référant à une figure adorée pour elle-même, et condamnée en cela à cacher ce qu’elle révèle. (…)

Cependant, la raison pour laquelle cette opacité que la figure du Christ a mise entre le Dieu d’Israël et les nations pourrait désormais être raisonnablement considérée comme caduque, je la trouverai dans la proposition suivante : Tout se passe comme si la conscience chrétienne venait d’assister depuis quelques années à un phénomène de « résurrection » de l’identité d’Israël. Elle redécouvre Israël comme existant à côté sinon derrière « ce » qui lui cachait cette évidence. (…)

La conscience chrétienne acceptera de donner un contenu positif à sa découverte. Elle acceptera de s’attacher à savoir ce qui se cachait derrière le voile. La raison de cette opacité, c’était peut-être une certaine crainte d’avoir à dire d’Israël ce qu’elle croit du Christ. Or, si nous découvrons « ensemble » de quoi il était parlé en réalité, peut-être pourrons-nous nous donner réciproquement le courage nécessaire pour tenter cette aventure. C’est sur ce point précis que nos espérances sur la messianité pourraient converger.

Extrait d’un article publié dans la revue de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France, « Sens » février 1997, page 60. (« Semaine des intellectuels Catholiques », 1968, sur le thème « Qui est Jésus-Christ ? »)

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