Shavouot

שבועות

אָנֹכִי יְהוָה אֱלֹהֶיךָ, אֲשֶׁר הוֹצֵאתִיךָ מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם מִבֵּית עֲבָדִים

« Je suis l’Éternel, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, d’une maison d’esclavage. »

Deutéronome 5,6

« La Pentecôte est par excellence la fête des prémices, alors que la fête des azymes –à Pâque- n’en n’est guère que la préparation : en réalité ces deux fêtes encadrent la période des moissons. Le lien entre Pâque et Pentecôte se rencontre dans l’étymologie même de cette dernière fête : Pentecôte signifie, en effet, cinquantième (jour sous-entendu), à compter de Pâque, prise comme premier jour. La remarque est valable aussi pour le nom hébreu shavouot, qui veut dire « semaines » : soit la fête qui se célèbre sept semaines après le jour de pessah (Pâque). (…)

Fête des prémices et de la Torah, la Pentecôte est encore connue sous le nom de aseret, à savoir « clôture », suivant la teneur du mot hébreu. Pourquoi ce nom ? Il y a deux raison : 1. au niveau agricole, la fête de shavouot conclut le cycle de l’offrande et des prémices, qui a commencé avec la moisson de l’orge et la fête des massot ; 2. au niveau historique surtout, elle conclut le sens de la Pâque, dont l’accomplissement se réalise par le don de la Torah.

Le don de la Torah n’est pas, en réalité, un moment postérieur à la libération d’Egypte, comme si Dieu d’abord faisait sortir Israël, et ensuite lui offrait la Torah. Pas du tout ! Ce don est la raison profonde qui L’a poussé à agir : Dieu fait sortir Israël de l’Egypte pour lui faire don de la Torah ! L’Exode d’Egypte n’est pas une fin en soi : il est tout orienté vers le Sinaï. Là, Israël passe de la dépendance sous Pharaon à l’obéissance en présence de Dieu ; du vivre pour soi, qui est esclavage, au vivre selon Dieu, qui est liberté ; bref, de la servitude au service.

Fête des prémices et de la Torah, la Pentecôte célèbre par conséquent un événement double : celui de la fécondité de la terre et de l’obéissance de l’homme. Il le célèbre comme deux événements, non pas séparés, mais bien en corrélation d’interdépendance : la terre est féconde à condition que l’homme y vive et œuvre avec elle selon la justice, c’est-à-dire selon l’Alliance. Cœur juste et fruits abondants : ce sont là les deux pôles nécessaires et irremplaçables ! De leur rencontre seule fleurit la joie de la fête ; de leur mariage naît le chant de l’Eden ! »[1]

« La lecture des Actes des Apôtres raconte comment, le jour de la Pentecôte, l’Esprit Saint, sous les signes d’un vent puissant et du feu, fait irruption dans la communauté des disciples de Jésus, en prière, et donne ainsi origine à l’Eglise. Pour Israël, la Pentecôte, de fête des moissons, était devenue la fête qui faisait mémoire de l’établissement de l’alliance au Sinaï. Dieu avait montré sa présence au peuple à travers le vent et le feu et il lui avait ensuite fait don de sa loi, des dix Commandements. Ce n’est qu’ainsi que l’œuvre de libération, commencée avec l’Exode de l’Egypte, s’était pleinement accomplie : la liberté humaine est toujours une liberté partagée, un ensemble de libertés.

Une liberté commune ne peut régner que dans une harmonie ordonnée des libertés, qui ouvre à chacun son propre domaine. C’est pourquoi le don de la loi sur le Sinaï ne fut pas une restriction ou une abolition de la liberté, mais le fondement de la véritable liberté. Et, étant donné qu’une juste organisation humaine ne peut exister que si elle provient de Dieu et si elle unit les hommes dans la perspective de Dieu, les commandements que Dieu lui-même donne ne peuvent manquer à une organisation ordonnée des libertés humaines. Ainsi, Israël est pleinement devenu un peuple précisément à travers l’alliance avec Dieu au Sinaï. La rencontre avec Dieu au Sinaï pourrait être considérée comme le fondement et la garantie de son existence comme peuple. Le vent et le feu, qui frappèrent la communauté des disciples du Christ rassemblés au Cénacle, constituèrent un développement supplémentaire de l’événement du Sinaï et lui donnèrent une nouvelle envergure.»[2]

« Le commandement d’aimer comme Jésus ne se substitue pas aux commandements. Cela n’aurait aucun sens. Il n’y a qu’une seule Loi sainte. La Loi, c’est la révélation des commandements de Dieu. La nouveauté est dans l’acte de Dieu qui envoie à Israël son fils obéissant. Lorsqu’à la Pentecôte l’Esprit sera répandu sur ceux qui deviennent les frères et les sœurs du Christ, alors s’accomplit ce que les prophètes ont promis. Ainsi, Dieu crée un peuple dont le cœur est né de l’Esprit et qui, dans l’Esprit, accomplira parfaitement les commandements de sainteté. »[3]


[1] La prière juive. Aux sources de la liturgie chrétienne. Carmine di Sante

[2] Extrait de l’homélie prononcée par le pape lors de la messe de la Pentecôte. ROME, Lundi 16 mai 2005

[3] Jean-Marie Lustiger, La promesse, 1. Jésus et la Loi, Le plus grand commandement.

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